Cela fait une semaine que la bouteille squattait la portière du frigo. Fallait-il la boire un jour ? C’était un cadeau du proprio avec du patté fermier lorrain. Miam, miam, un megamix de bonnes choses pour vous boucher une coronaire. Je finirais pas trouver quoi en faire de ce patté. Attaquons plutôt la bouteille. Une vraie curiosité. Moi qui ne connaissais que les bouteilles de soda, d’eau de fleurs pour aromatiser les gâteaux de ma mère et les bouteilles de bière mais celles-là étaient en général opaques, celle-çi ne ressemblait à rien. A trente ans passés, des choses banales m’émerveillent encore. Après l’inspection, la palpation, ai-je appris. Pas un gramme d’OH paraît-il. C’est donc pour moi. Limonade de myrtille se nomme-t-elle. Derrière son contenant transparent, elle porte une robe légèrement rose violine. Une couleur à dose homéopathique. Diluée à ne plus pouvoir la doser. A se demander si myrtille il y’a encore ? Inspection, palpation puis dégustation acquiescerait feu Abderrahim Barguache. Alors, versons la liqueur dans un verre approprié. Un verre à pied large, comme un arbre généreux qui offrirait le jus mystérieux à une bouche curieuse. Et quelques gorgées plus tard. Et il en a fallu des généreuses de gorgées pour un odorat peu performant sans sa cure de corticoïdes ... Le verdict tombe ... Elle n’est pas dégueux cette limonade. D’abord, elle est finement pétillante. Comme … Comme les eaux qu’aiment bien glouter les adultes au début puis en plein et enfin de repas. Pauvre eau plate, elle n’a rien fait de préjudiciable pour être autant peu plébiscitée. Elle n’est pas plate, elle est juste normale. La qualifier de plate est péjoratif puisqu'il ne lui manque rien. Ce n’est pas parce que l’autre est boostée au CO2 que la comparaison doit être négative !! Ca me sidère. Mais bon, l’eau plate n’est pas consciente de cette injustice. D’ailleurs, elle s’en fou. Quant à la carafe d’eau, parent pauvre des boissons groupées sous la formule scientifique de H2O, on n’en parle même pas. Toutes ces subtilités acqueuses n'ont finalement d’importance que pour le serveur qui vous récite pour sa énième fois de la soirée : Eau plate ou pétillante ? Une 500 ou 1l ? Et quand vous ne voulez rien, il vous propose encore : Peut être une carafe d’eau ? Ces interrogations doivent figurer sur le manuel du serveur, sans lequel le garçon (ou fille) ne passe pas son niveau B2. Bref, pour en revenir à notre limonade décolorée ou presque colorée. Elle livre un arrière gout de « Tofita ». Qui s'en souvient (sinon l'enfance elle-même) de ces bonbons pateux, gouteux à souhait et pas cher par dessus le marché ? Etaient-ce des cochoneries bourrées d'additifs de tous genres? L'enfance ne le sait pas. D'ailleurs, elle s'en fou. En tous les cas, ce discret gout fruité était tout ce qu'il y a de myrtille dans cette limonde. Pour résumer, elle n’est pas extraordinairement ragoutante mais pas dégoutante non plus … Jesus n'aurait pas troqué le vin (même diluée parait-il qu'il l'était) contre la limonde de myrtille dans "le pain et le vin". Mais si un jour vous vous retrouvez nez à nez devant cette liqueur subtile de gout et de couleur, vous pouvez la boire. Elle ne cassera pas trois pattes à un canard. A vos verres, prêts, buvez. Quant au destin du paté, il demeure à écrire ... Après l'avoir imaginé pardi !

DNR

2013-07-07 16