Jean, tu étais un homme brillant, mais nul doute tu as foiré ta vie. Ce n’est pas parce qu’on a les bonnes clés en main qu’on arrive à ouvrir les bonnes portes n'est ce pas? Tu étais doué, sensible, éduqué. D'ailleurs, quand un mot de travers fusait de ta bouche alors que tu étais en proie au stress ou sous pression, tu t’excusais sincèrement une fois calmé. Tu n’avais pas la grosse tête d’où ton accessibilité. Tu l’ignores peut être, ou plutôt personne ne te l’avait dit, tu étais un grand homme qui restait au contact de ses petits congénères sans leur faire sentir un quelconque déni ou fierté mal placée. Jean, tu n’étais pas conscient de ton génie. Tu voulais absolument prouver tous les jours ce que tu pensais devoir être. Ce que tu étais déjà. Chaque jour il fallait que tu recommences. On aurait dit que tu partais de rien chaque matin. Ce que tu avais acquis en des années de labeurs, fallait le reconquérir (sans raison) tout les jours que dieu fera. Nul doute, doutais-tu de toi-même. Nul doute, étais-tu écrasé par quelqu’un sinon par plusieurs. Nul doute, avais-tu besoin de reconnaissance. Quelque chose te manquait. Depuis des années sûrement. Tout le monde où presque effleurait du doigt ce constat. Mais personne n’y prêta attention. Après tout, c’est le problème de Jean disait-on sûrement. Pourtant, tu faisais partie d’une équipe. Quelle équipe me diras-tu ? La société est là pour parler des problèmes, mais personne n’est supposé les régler. Jean, tu étais très intelligent. Tu ne faisais transparaître que ce que voulais. Tu as bien caché ta souffrance. Même à ta moitié Freudienne. Mon dieu, qu’est ce que tu devais te sentir seul Jean …Très seul. J’imagine que tu pensais qu’il valait mieux être vraiment seul, qu’être seul parmi les siens et les autres. Et tu as raison !! Puis ce qui devait arriver arriva. Tu fis ton choix de t’en aller. Te souviens-tu ? Quelques jours avant, on discutait théologie en traversant un pont. Tu avais fumé comme d'habitude. Tu faisais tes derniers pas. Ta décision fut prise ce soir là où quelques jours plus tard ? Ça devait te travailler depuis un moment déjà. Tu devais atteindre l'acmé du désespoir plus souvent, plus facilement. Jean, ce n’était que tu travail, un gagne pain, un moyen pour ramener des croquettes au chat ... Et aux autres. Oui, bon, je te concède, c’est certainement plus que ça pour nous. Mais quand même ... Cela dit, si aucune oreille n’a pris la peine de t’écouter dans ta bulle infernale, la vie extérieure ne pouvait avoir d’attrait à tes yeux.

Jean, je pense fort à toi. Ton départ est douloureux. Les circonstances de ce retour à la terre sont injustes. L’absence de changement qui aurait dû avoir lieu est effarante. Par moment même, je resens du dégoût.

Jean, je pense aussi à ta femme. A sa souffrance. Elle n’a rien vu venir. Elle ne pouvait rien faire. Je pense à ton extrême solitude dans ton monde plein de gens. Que tu doives faire semblant auprès des tiens, chez toi. Tes nuits devaient être si longues et si tristes. Jean, rien n’a changé après ton départ …. Et c’est bien malheureux. Le tabou est encore là. Et d’autres tabous aussi.

Jean, j'ai beaucoup pensé à toi. Je suis partie aussi. Autrement. Et depuis j'erre lestée d'une enclume invisible et silencieuse. Quels gâchis ! L'abnégation jusqu'à ne plus exister. Les mains sont amputées de celles qui doivent être tendues. Je pense même à des naissances malformées .. Sans mains. La solitude si on part la solitude si on reste ? Le chagrin pour ceux qui restent ou le chargin pour soi si on reste ? Je les conchie profondément et iunutilement et sans haine jusqu'au noyau terreste. Tu vois Jean tout est inutiles à part ce qu'on faisaient mais quels gâchis quand même. La vie quoi. La chienne ! Rendue chienne par nos "amis". Où est la paix ? Quelle paix ? L'as-tu trouvé Jean ? Fait-il froid chez toi ? Obscure ? Humide ? As-tu encore de l'air ? Ici il y'a de l'air mais j'étouffe encore des fois. Ou es-tu? Au paradis verdoyant ? Eclaboussé de lumière ? Chauffé jusqu'au psyché par la lumiére céleste salvatrice ? Maintenant que tu es loin et enfin libre, t’es tu réincarné en lotus vietnamien ou en une brise fraîche sur une rizière asiatique ? Quoi qu’il en soit Jean, j’espère que c’est au moins fun chez toi, car comme tu peux le constater .... Et je te le dis sans ampathie sinon celle de la strcite déontologie, la routine meurtriére au figuré comme au propre est encore maîtresse des lieux.

Les fleurs éphémères du printemps continuent à pousser, comme partout sur la planète.

Jean que dieu ait pitié de toi et de tous les hommes.

DNR