Embauchée à la volée au 4éme étage par Mazen qui me fila à l'occasion un bonbon pour apaiser mon appétit devenu vorace, on emprunta le large ascenseur, l'incontestable voie moderne du transport intrahopitalier. Au 2éme, un patient venu tout droit de la prison nous attendait. J'avais eu échos, par hasard, de certaines histoires de fesses (dans le vrai sens du terme) fragiles qui se seraient fortement abimées après le passage quelque peu obligé (pour des pontages coronaires) de leur propriétaire sur les gélatines de la table d'opératoire. Sa vie désomais sauvée, il fallait maintenant sauver ses fesses. Des hypothèses farfelues étayées par des gens farfelus, courraient au bloc aussi vite que la rumeur dans une soirée mondaine. En effet, depuis 2 jours et pour expliquer l'origine des maux ischiatiques (pauvre ischion ... os oh combien valeureux, puisqu'on s'assied dessus toute une vie, et pourtant si méconnu) on hésitait entre l'effet pyromane de la Bétadine ??!! Et la machiavélique plaque du bistouri électrique ??!! Laissez-moi rire en douce de ces arguments plus apparentés au grotesque qu’à la logique. Dans le brouhaha du blabla des uns et des autres, je découvre le dégât dont il est question. Une énorme escarre bi-fessière, sombre et cartonnée. Sortez les bistouris, froid et électrique de la caisse à outils les filles.

 C'est donc à une heure de faible écoute et quelque peu indécente pour un parage, à savoir 20h, que Zaki me tend la lame froide pour abréger la souffrance de tous. Le malade qui dormait dans les bras du Morphée. Mazen qui perdait sa patience. Zaki, fraichement marié, qui avait hâte de retrouver son épouse. L'anesthésiologiste en herbe largué et que je n'apprécie que peu. L'infirmière curieuse de l'issue de l'histoire. Et le gardien de prison ??!! Oui, oui, le geôlier, encore muni de menottes ??!! Déguisé sommairement en stérile pour l'occasion, gardait un œil sur le détenu patient, allongé sur la table opératoire, drogué au Diprivan jusqu'à l'os, des fois qu'il se fasse la malle à la prison Break. Le pauvre gardien ... sa présence était toute somme inutile, mais sans doute suit-il le règlement de sécurité ... futile. Et ben tient mon petit dur, la petite nana t'affligeras un vrai spectacle gore ... et cela ne fera qu'étayer l'hypothèse du côté sombre du médecin et n'arrangera pas du coup notre réputation. Après tout, il faut bien qu'une profession de la société nettoie ce ... truc. Mais dis moi gardien ! En rêveras-tu? En seras-tu hanté? L'oublieras-tu? Le raconteras-tu? Qu'en garderas-tu?  Gardien ! Qu'adviendra-t-il de ton sourrire naïf? A mois que tu n'aies de la bouteille côté bizarreries, toi qui dois voir des choses chelous (parait que ça prend un s au pluriel) dans ta porfession?  Et les idées dérivent sur le mississipi ... Ho ! Ho ! Oublie le gardien. Je reprends le contrôle du mississipi, je pris l'outil que je plantai dans la chaire. Le reste dû être routinier car je ne m'en souviens plus.

Conclusion, l'expression sauver ses fesses n'est pas si infondée que cela. Sauver des fesses ça peut sauver des vie.

DNR

Qui dit fesses, dit muscles, dit Mr Olympia, dit Phillip Heath. Une planche anatomique vivante.

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