Sous le son enroué d'une contrebasse j'étais comme hypnotisée devant cette scène minimaliste au décor épuré où JC Dreyfus interprétait avec excellence une Marie-Pierre, jadis Jean-Pierre, rejetée par un père qui voit en son fils l'infâme, aveugle de la femme qu'il tient à être. 

Aux premières minutes de la pièce, j'étais en proie à des déformations professionnelles : le transsexuel se déplaçait avec difficulté sur ses talons aiguilles noirs et je redoutais un fracture qui gâcherai mon samedi soir (pour une fois que j'ai le temps d'aller au théâtre). Au bout de quelques phrases de son monologue, haleté, Dreyfus retira son foulard vert et se tint la poitrine, je cru, au vu de son surpoids qu'il faisait un infarct, et je me voyais déjà sur les planches lui conférant des soins. Tout accident médical écarté, je profitais enfin du spectrale et je buvais littéralement les paroles de ce personnage transidentitaire qui relatait son histoire, de longs dialogues avec son paternel, dans l'appartement familial ou dans le Monoprix ce jour de Mardi (d'où le nom de la pièce) dans un monologue à deux voix, l'une retenue féminine, l'autre masculine à outrance inspirée du coffre de voix de Dreyfus au grand gabarit, toujours sous le son de la contrebasse menée à merveille par un musicien svelte au torse demi dévoilé avec qui Dreyfus interpéte, ponctuellement, des duo silencieux.

Ayant assistée à la dernière de la saison du "Le mardi au Monoprix" je vous propose la bande d'annonce en guise de maigre consolation  here.

DNR

mom