En proie à une vilaine hypotension, mon corps flottant traine ces cinquante kilos d'une journée à l'autre sans pouvoir créer. Je me force ce soir à aligner des mots et raconter une histoire parmi celles que j'emmagasine dans un taku tsubo et qui ne demandent qu'à vivre en dehors de ma mémoire.

Sans simagrée, l’homme géant de taille et d’exploits, pénétra la salle avec des pas fermes et assurés. Le dos courbé par 86 années d’âge qui n’ont pas entamé une carrure semblable à celle de Yann Torpe, le professeur impressionnait. Je ne l’avais à vrai dire jamais vu, son illustre nom me parlait plus que la vie qui se cachait derrière. Pourtant je le reconnu …  instantanément … comme s’il était inscrit dans mes gènes de reconnaître la légende vivante de la chirurgie cardiaque.

J’accompagnais sa svelte silhouette d’un regard tout d’abord tendre puis admiratif. Rétrospectivement, l’affection que je lui porte m’est inexpliquée à ce jour. Je cherchais avec curiosité les traits de ce visage dissimulé par la lordose qui l’oblige quelque peu à baisser le regard. Le visage étant le reflet de l’âme, je scrutais, avec un intérêt intuitif, ce visage zen et apaisé, duquel se dégageait un sourire marquant … à la fois contenté et triomphant de la vie. Tel était l’essence de cette âme, me dis-je.

Ce montre de modestie, souriait en réponse aux éloges flatteuses largement méritées, que l’orateur usait pour présenter celui qui n’a plus besoin de l’être.

De la mémoire Cabrolienne, surgissaient tour à tour Lillehei, Shumway et Barnard le sud africain. Ces pionniers des années soixante, racontés par ce pont vivant, nous semblaient proches et actuels. Le sourire inaltérable, il fit son cours et s’éclipsa avec l’humilité des grands dont le nom seul fait la renommée.

DNR

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