03 octobre 2008
Aboubaker l'africain
C’était un dimanche soir, il devait être 21h quand j'ai reçu l’appel des urgences. Mon interlocutrice voulait avoir un avis de spécialité concernant un abcès du scrotum. Cette affaire a l’air (une fois encore) de relever de l’urologie. Je préssentais néomoins que j’allais prendre ce patient en hospitalisation. Je décidai donc d’aller jeter un coup d’œil sur cet abcès mal placé. (Comme s’il pouvait être bien placé !)
Arrivée au sas des urgences, mes yeux se sont portés sur le tableau présentatif des patients. Mon futur patient se trouvait au bout du sas, comme si on voulait l’éloigner et je me dis que ce n’est tout de même pas pratique d’installer des patients chirurgicaux aussi loin. Mais j’allais bientôt connaître la raison de cet emplacement pas si anodin.
J’ouvris la porte du box pour découvrir un jeune homme de couleur allongé sur un brancard. Il avait le regard résigné. Aboubaker était fraîchement débarqué du Cameroun, cela faisait tout juste quelques heures qu’il avait foulé le sol français et le voilà déjà dans un hosto. J’en conclue que ça devait urger. Je me présentais à Aboubaker tout en cherchant des yeux les gants que j’allais bientôt enfiler. Après avoir posé quelques question « d’approche » question de mieux connaître Aboubaker, j’allais à l’essentiel et je relevais la tunique du patient pour me pencher sur la source du problème : son périnée. Une odeur nauséabonde se répandit mais j’en étais que faiblement offusquée vu mon hyposmie. J’étais par contre beaucoup plus intriguée par ce que je voyais. Durant ma courte vie, je n’avais encore rien vu de semblable : Les bijoux de famille du patient étaient monstrueusement oedématiés, son scrotum gauche était nécrosé. Les tissus crépitaient sous mon index et j’avais l’impression que ses tissus allaient tomber en cloques et que ces testicules allaient être bientôt mis à nus. Mais cela ne m’empêcha pas de mettre et remettre mon index là ou il faut. La région péri-anale n’était pas en reste, j’y voyais un abcès qui dû être le point de départ de cette infection galopante. A ce stade de l’examen, je me posais une question existentielle : serait-ce une fasciite ? Je n’avais hélas comme référence visuelle (vécue) qu’un cas de fasciite du membre inférieur : une de mes anciennes patientes hospitalisée en traumatologie (Aile 4). Elle prétendait qu’un bus lui avait roulé dessus. Le plus surprenant c’est qu’elle n’avait aucune fracture mais une fasciite de la cuisse gauche du feu de dieu. Je n’avais jamais cru son histoire, et je passais de longues minutes à scruter son visage essayant vainement et surtout naïvement de déceler une touche d'incrédibilité. Mes regards n’ont aboutit à rien de concret biensur.
Réveilles toi, me suis-je dite, cette histoire est bien lointaine et je suis là !! Avec Aboubaker l’africain. Ce que j’avais devant les yeux n’avait pas la tête d’une fasciite simple. C’était une authentique gangrène gazeuse étendue, une gangrène de Fournier. De là, les choses s’enchaînèrent rapidement. Un scanner fut fait et le patient poussé en urgence au bloc. Me voilà embarquée pour une nuit chirurgicale qui s’annonce intéressante. Une nuit comme je les aime. Une nuit qui fut longue mais agréablement surprenante contrairement à l’odeur qui se dégageait de cette gangrène. Odeur qui rappelait vaguement celle des égouts par temps de forte chaleur. On dû sortir des tiroirs oubliés les flacons d’alcool de menthe qu’on imbiba généreusement sur nos masques.
Pour la petite histoire, on débrida les scrotums, la région péri-anale jusqu’au sphincter externe gauche et la paroi abdominale jusqu’aux muscles droits. Ces trois espaces communiquaient largement entre eux et nos doigts se baladaient en long et en large dans ce périnée. On évacua de la bouillie grisâtre faisant office de nécrose liquéfiée. Et on ferma hermétiquement par trois pansements VAC (ingénieuse invention américaine. Ah !! Les américains toujours au top …. Rien de bien étonnant)
Finalement, Aboubaker s’en sort merveilleusement bien, il a certes perdu quelques plumes dans la bataille mais il a gardé ses testicules (même pas mis en nourrisse sous les cuisses). Même pas de colostomie, Aboubaker continue à transiter comme tout le monde par le bas.
Aboubaker, passa en réanimation avant de revenir au service. Il a eu droit à un changement de pansement toutes les 48 heures au bloc sous anesthésie générale. A coups de bistouris, d’Algosteril et de lames de Delbet et avec quelques points de Blair, le pansement a l’air de bien cicatriser, et l’on pense déjà à la couverture cutanée.
Venu passer un stage d'œnologie dans la lointaine lorraine, ce jeune patient se retrouve alité au CHU pour quelques semaines, coupé de son monde et surtout à des années lumières de comprendre ce qui lui arrive, à cause d’une vilaine gangrène de Fournier, mais tout de même …. Avec SON anus et SES testicules.
DNR
Attention, âmes sensibles s’abstenir
30 juillet 2008
Jeu, Set et match
Il était 8h du matin, j’avais troqué mon accoutrement civil (bloc oblique) contre un déguisement à la E.T. Je longeais le couloir du bloc opératoire épiant les salles à la recherche d’un patient déjà installé. La salle bleue hébergeait un patient en décubitus latéral, signe qu’il s’agissait d’un candidat à une lobectomie pulmonaire ou à une exérèse atypique avec une extemporanée à la clé. Mais vu que je n’étais pas d’astreinte en thoracique, je ne m’attarda pas devant cette salle, et alla chercher ailleurs un candidat à une chirurgie digestive. Paradoxalement, les salles rouge et verte étaient vides, signe indirecte d’une grande désorganisation du planning opératoire et je n’allais pas tarder à en connaître l’origine. Fortement agacée et surtout étonnée, je me dirigeai donc, d’un pas pressé, vers la dernière salle nommée la jaune en espérant y trouver un patient. Cette dernière se trouvait au fond du couloir. La scène qui suivra n’a duré que quelques secondes à peine. Le temps nécessaire à une porte de bloc automatisée de se refermer. A peine arrivée, que la porte s’ouvrit trahissant une activité intense. Du personnel s’affairait activement ici et là. Mon regard s’attarda sur la table opératoire où j’aperçu un abdomen laparotomisé et quelques boyaux extériorisés. Visiblement il s’agissait d’une urgence, une vraie. Je lisais l’épuisement sur les visages d’Alexis et de Frederik ; l’équipe de garde de la veille. Après un bref instant d’égarement, ma curiosité et mon esprit pratique reprenaient le dessus, et j’essayais de deviner, immobile devant la porte, ce qui nous valait la visite de ce patient. Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’une appendicite perforée ni même d’une splénectomie. Il devait s’agir d’une éventration étranglée ou d’une sigmoïdite perforée, à moins qu’il ne s’agisse d’une laparotomie exploratrice pour traumatisme abdominal. Ayant un début de réponse, je m’éloignai de la salle jaune, qui ne me tenait plus en haleine. Et je m’en allais vaquer à d’autres occupations en attendant l’installation des patients programmés.
A l’heure du déjeuner, Alexis me racontera ses déboires et s’attardera sur le bloc de la salle jaune. Il m’apprendra, que le jeune homme installé sur table avait un syndrome occlusif mais sur un corps étranger. Il avait depuis trois jours une balle de tennis dans le rectum, rien que ça !! A 34 ans, il était pensionnaire d’un établissement pour handicapés mentaux, ce qui leva mes doutes quant à une éventuelle perversion sexuelle de sa part. Un ignoble personnage mal intentionné (le sale con), fortement dérangé (le sale con) et visiblement inspiré par Wimbledon (qui faisait l’actualité de l'époque) s’est apparemment amusé avec la balle jaune ailleurs que sur un court de tennis. Quant au jeune handicapé, il a eu droit à une stomie de décharge qui ne sera peut être pas rétablie. L’atonie anale suggerait que ce n’était pas le seul corps étranger qui avait séjourné dans son postérieur, et laissait peser un sérieux doute sur sa continence anale.
Cette abjecte situation justifiait définitivement la nomination du « trou de balle » attribuée à raison au rectum.
DNR
ASP debout : pas de pneumoperitoine mais importante distension colique avec obstacle colique bas visible
24 mai 2008
Homme qui avait mal au testicule
Il était 3h du matin quand je fut tirée, contre mon gré, des bras de Morphée par le vibreur de mon portable. A l’autre bout du fil, une voie féminine qui s’assure de mon identité avant de s’excuser de m’avoir réveillé, c’était une interne des urgences. Elle enchaîna ensuite sur le problème. A demi endormie je tachais d’être concentrée, elle me narra l’histoire d’un gars qui venait pour une suspicion de torsion du testicule. Dans la lancée, je l’écoutais attentivement me racontant que le patient en question venait du CPN (centre psychiatrique de la ville), qu’il avait mal à sa glande, et que son chef des urgences lui a demandé d’appeler l’interne d’astreinte.
Sortie dans le froid, je me rendis compte que je n’avais plus peur dans les rues, cela me change des boulevard vides et inquiétants de casablanca. Pas un chat ni même un chien qui rode, pas l’ombre d’un SDF, il n’y avait qu’Eole et les lumières des lampadaires pour peupler boulevard Lobau à cette heure ci. En me dirigeant aux urgences, je me rendis compte soudainement que les histoires de glandes masculines n’étaient pas pour moi, pardis !! Une nuit ratée à cause d’un urgentiste qui me fait déplacer pour un sujet qui ne me concerne même pas !! La testiculogie ce n’est pas pour moi : je suis de garde en chirurgie générale, l’urologie ne fait pas partie des attribution de la CGUT chirurgie générale des urgences digestives et thoraciques (Eh oui j’ai troquée l’organe noble qu’est le cœur contre les boyaux et les poumons !!). Je décida néomoins de n’engueler personne et d’aller voir ce testicule qui semble souffrir.
3h 30, le QG des urgences étaient bondé de monde, le code de couleur et l’âge m’ont permis de distinguer qui était qui : les verts étaient des externes, les blancs des internes, les femmes plus âgées des infirmières, les hommes d’un certain âge les chefs des urgences. Je ne m’attardais pas à chercher l’interne qui m’a appelé, je leva la tête au tableau informatique qui surplombait le coté de chirurgie du QG, je scrupta à la recherche du mot testicule que je ne tarda pas à trouver, je suivi la ligne pour mémoriser le nom de patient vu que j’allai lui parler, et que fut ma surprise en lisant Franck. Ca ne faisait que 15 jours que j’étais en CGUT mais j‘avait déjà eu le loisir de m’occuper de Franck. Que dire de Franck ? ….Un jeune homme de 29ans, une grêle barbichette coiffait son menton. Il avait sur ce même menton une galette noire en guise de piercing, des perles argentées étaient disséminées ici et là dans son visage. Ces bras et membre inférieur droit étaient zebrés de tatouages. La peau de son avant bras droit m’avait longtemps intriguées, et ma sémiologie dermatologique en a pris un sérieux coup, alors que je pensais à des lésions dermo-épidemiques qui me rappelaient les nodules de l'érythème noueux il ne s’agissait que de trois boules d’aciers enfuient sous la peau !! Les mamelons de Patrick n’étaient pas en reste, des piercings les traversaient verticalement (oui ça doit faire mal). Quand il était de bonne humeur, il ornait ses oreilles d’anneaux en bois qu’il insérait contre le cartilage de ses oreilles comme les femmes des tribus africaines. Patrick avait un peu de l’attitude des rockers, pas vraiment rebelle et pas gothique non plus. Il était l’un de ces exclus mal dans sa peau, qui a été accepté par un groupe en marge, ce qui –paradoxalement- le rendra encore plus en marge de la société. Il avait tenté de mettre fin à ces jours en se plantant des coups de couteaux dans le thorax et le bide, résultat, un beau pneumothorax gauche pour le quel il a été admis au service. Je me rappelle même qu’il avait retiré son drain alors que j’étais d’astreinte de thoracique et je lui est remis un autre. Patrick avait la lucidité salutaire de reconnaître qu’il avait besoin d’aide et c’est ainsi qu’il atterrissa au CPN à sa demande.
Toujours est-il qu’il était très content de me revoir ce soir là aux urgences, ma présence le rassurait, et le fait de le connaître me faisait oublier que je n’avais pas à être là. Il me confia avec tout le désarroi du monde sa souffrance. Après avoir examiné ses bijoux de famille, j’ai conclu à une orchi-épididymite mais dans le doute je confia Patrick à l’interne d’urologie qui eu la même conclusion, les testicules de Patrick ne « courraient » plus de dangers.
Rassurée, j’abondonna Patrick entre de bonnes mains. Je décidai de ne pas rentrer chez moi, mais de retrouver Morphée dans la chambre de garde du service. Je ne su jamais si Patrick avait un piercing à la langue et je ne vu jamais son prince Albert alors qu’il est passé entre mes mains à deux reprises. Je n’exprimai pas de mécontentement du fait de m'avoir réveillé pour une affaire qui ne concernait nullement. Mais j’étais contente de revoir Patrick.
DNR
Pneumothorax gauche avant et prés le drainage, les piercings des mamelons visibles
09 avril 2008
L'homme qui ne sentait pas le satin
Soirée de garde aux urgences : ce n'était pas un week-end ni même une de ces fêtes ou les fêtards abusent de l'alcool, mais on devait pour des raisons -éthiques- héberger des exogènoses (cas d'ivresse) pour cuver leur alcool entre les murs des box de l'hôpital, de peur qu'ils s'agressent ou qu'ils agressent autrui. On se substituait à la police tout en prodiguant des soins médicaux. On devait surtout gérer leur humeur labile et agressive par moment. Et quand cette tache de baby-sitting s'avérait compliquée, ces patients bourrés cuvaient les grammes d'alcoolémies derrière les barreaux du poste de police.
C'était donc une soirée de garde comme les autre ou presque. Vers minuit, un SDF se présentât soûl comme un polonais avec une entaille de l'arcade sourcilière à suturer. Maryline, l'infirmière, nous décrivit, furtivement, les émanations olfactives qui se dégageaient de ce patient pas comme les autres. Je restais insensible à ses descriptions décidemment repoussantes. Je finis par rétorquer un peu fière que j'avais une hyposmie, et que j'avais la chance de ne sentir que les odeurs fortes, loin de moi l'idée que celle ci allait l'être. Mon co-interne, Remy était déjà sur le coup de la plaie, il manageait (comme souvent on le fait) l'externe pour la suture. Je me décidai neomoins d'aller jeter un coup d'oeil sur cette arcade amochée. A peine les pieds dans le couloir qui mène aux box des patients que j’étais envahie par une odeur lourde, pesante, étouffante. Pendant un laps de temps, choquée, je doutai de la véracité et authenticité de ce que mon sens de l'odorat me renvoyait. J'en étais même arrivée à me poser la question : suis-je victime d'une parosmie ? L'anticipation des propos de Maryline serait-elle à l'origine de cette infâme cacosmie ? Car infâme, elle l'était. Une forte odeur de moisit imprégnait le couloir, à tel point qu'on pouvait se diriger à l'odorat pour retrouver l'homme décidemment ivre. La situation était tellement incroyable qu'elle allait bientôt m'amuser.
Remy, d'habitude zen comme un bouddha, s'affairait irrité par les senteurs qui s'exhalaient non plus de l'homme mais des mètres cubes d'espace qu'il occupait. Il s'agissait d'en faire abstraction et de suturer cette plaie avant qu'elle s'infecte (enfin, vu les croûtes de crasse qui enveloppait sa chaire, l'infection, est un terme bien relatif). On s'y est mis à trois après de longues minutes d'explications donné à un patient out of space qui ne semblait pas comprendre l'intérêt de notre travail. On devait le suturer ! Il ne voulait point que je tienne ses mains crasseuses qu'il ramenaient inexorablement à sa plaie. Il ne voulait point que Remy maintienne sa cabessa sur le lit. On "sanglait" avec la force d'Hercule cet homme soûl qui ne se laissait que rarement faire, et je donnais mes instructions à l'externe quant à l'opération délicate de l'anesthésie. Ce n'est pas parce qu'il est ivre qu'on suturera le bonhomme à vif! A peine la fine aiguille jaune percait son front qu'il criait comme ces primipares qui guelaient comme des bêtes accouchent à la maternité du CHU de Casablanca, ce qui nous n'empêcha nullement de continuer à le sangler et le piquer (pour son bien). L'ardeur de la tache et surtout les chewing gums fortement parfumés que nous mâchions nous faisaient oublier les désagréments de la cacosmie. La situation était telle que la promiscuité de nos quatre corps en devenait désuète.
L'homme avait beau s'opposer à nos tentatives et être désagréable, Remy, fortement agacé par cette aventure, ne faillit pas à sa politesse et ponctuait quand même ses explications par des "s'il vous plait monsieur" tout en haussant le ton. Certe c'était un monsieur, mais rien ne lui plaisait mon cher Remy, son jugment étant altéré par les décilitres d'alcool.
Au plus fort de ses divagations, ce monsieur, fort aimable, intrigué par mes mains qui tenaient les siennes, m'avouera amusé (avec un sourire qui dévoila une mâchoire faite de trois dents complètement jaunies) TU NE M'ATTIRES PAS MADEMOISELLE .... Décidement, fêtards ou pas, les mâles ont les mêmes sujets de conversations.
Finalement, on laissa tomber la suture, et on revient à la charge avec une agrafeuse pour traiter son mal. On s'y est pris à trois pour l'immobiliser complètement alors qu'Alexis (notre chef de garde) enfonçait dans sa chaire des agrafes. La plaie s'étendant jusqu'à la partie supérieure de la paupière, le geste devait être extrêmement douloureux. « Le polonais », cuva tranquillement la nuitée dans son lit ce qu’il avait ingurgité dans les tablées arrosées d’alcool de mauvaise qualité sous les ponts d’une ville surprise par les neiges d’avril.
Finalement, cet SDF, reflet de la misère de la société française, avait la chance de ne pas sentir le sapin, même s’il était loin de sentir de satin.
DNR
08 février 2008
Dans le cochon, tout est bon
Chose promise chose due ! Voici quelques photos de mon 3éme cours de dissection .... de cochon. Sachez messieurs dames que le cochon ÇA SENS FORT pour ne pas dire ÇA PUE. Parole d' hyposmique !! D'ailleurs je ne sais toujours pas ce qui sent le plus, est-ce l'estomac ou les intestins ?
Au programme: anastomose termino-terminale et latéro-latérale sur des boyaux de porc puis chirurgie digestive sur le cochon.
Pour les curieux d'entre vous, le cochon était âgé de 6 mois, anesthésié en bonne et due forme. Le but était de le percer et le rafistoler (en l'occurrence faire des anastomoses digestives manuelles et mécaniques) sans que le geste ne soit fatal à la bête. Le porcelet n'a pas été réveillé, il a été élevé pour être disséqué ! Mission accomplie .... pour le cochon.
DNR
26 janvier 2008
Le professeur a faillit être un prophéte
Cette semaine j’ai assisté à mon 2éme cours, c’est toujours un moment (à priori) agréable que de se retrouver dans les bancs de la faculté et surtout quitter l’hôpital et savoir que l’on ne sera pas appelé pour ci ou ça (quoi que ..).
Le professeur est arrivé en retard comme d’habitude, il a fallut appeler un technicien pour lancer la présentation PPT, comme d’habitude. Entre temps je n’avais rien préparé, nada de nada, j’avais mes articles sur moi et je profitais de ces brefs instants pour « scanner » les longues et interminables pages du cours.
Mr est PH chirurgien de son département, expert judiciaire et Pr en anatomie, mais qu’est ce qu’il était jeune ! Je l’imaginais avec une crinière grisonnante et un gros bidon euh ventre, abdomen si vous voulez. Et non ! Perdu ! Il avait la chevelure tout ce qu’il y a de noir ébène, même qu’il n'avait pas besoin d'une greffe capillaire. Quant à son tour de taille, il était à ma grande surprise, aussi svelte qu’un sportif.
Il n’arrêtait pas de parler, d’exposer et d’expliquer, de s’étaler. En somme il faisait son cours et je n’avais de ce fait aucun besoin de préparer quoi que ce soit pour cette séance. Mr est bavard et tant mieux ! Une fois qu’il a pris la parole il ne la lâcha plus. Je ne pu m’empêcher de penser qu’il était de caractère expansif et possessif, comme tout bon chirurgien bien sur. Enfin bref, le genre de personne qui ne cède pas miette. Sa chevelure (encore elle) était parcourre par une raie horizontale qui suscita mon intérêt avec I majuscule (tout aussi que son cours). Mes pauvres neurones devaient alors jongler avec ses explications et les questions qui me traversaient l’esprit, du genre : Mais qu’est ce qu’elle foutait là cette raie ? Euréka ! Mon dieu ! Je m’exclamais intérieurement, il passe tellement de temps au bloc, que son masque (qu’il doit serrer à mort) a finalement laissé cette trace sur ses capillaires. Ce qui est con, c’est qu’il ne peut même pas s’en débarrasser mais c’est toujours mieux que de vivre avec un tatouage dont on en veut plus je concluais.
Il était peut être temps que je zappe de l’interlocuteur au sujet, et que je m’intéresse à ses histoires de traumatismes thoracique auxquels il semblait tenir.
Parait-il qu’on voit de moins en moins de traumatismes thoracique avec le port obligatoire de la ceinture, bien qu’en période d’attentat on en observait certainement plus. Puis il enchaîna avec une petite sortie d’autoroute pour nous confier son humble avis (comme si cela nous intéressait dans l’absolu). Ainsi il déclara : on sera amené à voir plus d’attentats (of corse ce n’est pas d’attentat à la pudeur qu’il parlait, d’ailleurs en parlant de ça, c’est un peu abusif de qualifier cela d’attentat, mais si le législateur de l’époque la nomé ainsi c’est que cela devait être outrageusement choquant, c’est fou comment un mot peut transmettre la pensée de toute une époque) avec l’accroissement de la population nord africaine, j’étais la seule marocaine du cours, la seule étrangère même, je dû avoir un sourire ironique. Le festival de la bêtise ne s’arrêta pas là, il nous décrivit l’horreur des dégâts occasionné par les bombes mar (silence) artisanales, beau lapsus me disais-je, et bien ça promet, moi qui pensais passer dans son service au prochain semestre, au moins je sais d’avance ce qu’il pense de mes origines, ça a le mérite d’être clair.
Il s’attarda un moment sur la composition des bombes, les clous et éclats de verres, je ne le sais que trop bien pour avoir extrait un clou tordu du bras d’un policier brûlé au 2éme degré au visage aux urgences un certain 16 Mai (la seule fois que j’ai passé une garde volontaire au CHU, depuis je n’ai plus renouveler l’expérience pour ne pas porter la poisse). En somme, ses explications ne m’intéressaient guère. Quant à mes collègues, ils devaient être au mieux étonnés aux pire complètement désintéressés. Lui, ne s’en rendait pas compte bien sur.
J’avoue qu’il avait l’art des belles expressions, du genre : Pratiquer la chirurgie Inca en parlant des conditions d’urgence lors d’une luxation cardiaque par exemple, tiens, je ne la connaissais pas cella, la luxation cardiaque euh. Sur une radio je l'aurai plus tôt prise pour une dextrocardie.
Il avait le chic d’avoir des réflexions percutantes mais bien réelles malheureusement, du genre : Quand un avion se crache, ça fini très mal pour l’avion, car l’avion coûte plus cher que le pilote.
Il m’a fait découvrir une curiosité dont je ne soupçonné même pas l’existence : l’hernie pulmonaire antérieure, à ne pas confondre avec la générosité pulmonaire quoi que dans ce cas là c’est strictement la même chose.
Finalement, il est interessant ce monsieur, il n'est jamais à cours de phrases. Comme on dirai chez nous, il a des choses à dire عنده ما يقال
Pour en revenir au cours j’ai dû enchaîner avec la très attendue séance de dissection de cochon, que je vous raconterai later.
Hernie pulmonaire
(Excusez la qualité de l’image)
DNR
PS : Aprés avoir travaillé 6 mois sous la direction de ce professeur, je vous confirai que c'est un excellent chirurgien, un vrai meneur de "troupe" et un homme de coeur à qui sait le voir.
17 novembre 2007
Carnet d’astreinte
Lundi :
Dominique, 44ans hospitalisé au paravent en unité de soins intensifs cardiaques dans un tableau de choc cardiogénique secondaire à un trouble de rythme auriculaire sur cardiomyopathie obstructive familiale (ce n’est pas ce qu’on appellerai un bon héritage). Autant dire une indication à une greffe cardiaque, le patient est mis en urgence sur la liste d’attente de greffe, en attendant, une assistance circulatoire s’impose, une Medos fera l’affaire. Quand je remplace l’interne, ça se présente déjà mal, le sang artériel qui circule dans le ventricule artificiel a une couleur peu engageante, les poumons n’assurent pas une hématose correcte, le péricarde se remplit à vue d'oeil de sang, finalement des points seront mis sur de l’artère pulmonaire et l’oreillette droite. A la fermeture, Malik, l’assistant, m’apprend déjà comment faire pour retirer les ventricules externes, c’est dire que tout le monde s’attend à ce que le patient meurt. Finalement je ne serai pas appelé. Dominique, 44ans père de famille, est encore en vie, en attente qu’un compatriote français meut pour lui sauver la vie. De vous à moi, j’aimerai qu’un greffon se présente à l’autre bout de la France et qu’on prenne l’hélico (ça me changera du tram) pour le ramener. La virée nocturne dans les airs me fera volontiers oublier les interminables heures de la transplantation cardiaque.
Mardi :
16h : Marjorie, 28ans, elle vit d’accoucher d’un petit Remy. Des suites post partum compliquée d’un inertie utérine (malgré une césarienne) et d’une CIVD. Jamais 2 sans 3, la dame thrombose sa veine ovarienne droite, thrombose qui s’étend jusqu’à la VCI, on retrouve au scanner une embolie pulmonaire droite proximale. Pablo, mon chef me demandera de présenter à sa place le dossier de Marjorie pour une éventuelle pose de filtre cave et de thrombectomie sous CEC. La décision est unanime, le traitement médical est retenu vu le jeune âge de la patiente.
19h 30: Monsieur B, maghrébin, je ne garde aucun souvenir de ce soir là, sans doute un pontage qui a tardé, rien de spécial en somme, sinon qu’il est toujours en réa, et que de ce fait, ça ne va pas trop fort pour lui non plus.
20h : Les infirmières de gériatrie stressent l’interne de garde, du coup il se rabat sur moi pour un avis pour Paulette. Heptagénaire, atteinte d’un érysipèle, pour une raison X, un scanner lui a été fait il y’a une semaine, découvrant une dissection aortique type III et un épanchement péricardique, avec à l’échographie cardiaque de la fibrine (possible rupture cardiaque post infarctus silencieux). Paulette va super bien pour une mémé, la drainer serait lui faire courir des risques, c’est qu’elle n’est plus toute jeune. Je sens qu’on nous rappellera ce week end pour un énième vis. Incroyable conclusion, déstresser les infirmières peut motiver bien des consultations alors même que le patient n’a besoin de rien. (Fichons la paix aux patients)
Mercredi : trou noir, aucun souvenir, sinon le staff de vasculaire auquel je n’ai pas assisté.
Jeudi : La secrétaire du chef de service m’appelle sur mon portale pour me le passer, curieuse comme une enfant qui découvre que les antennes de l’escargot son rétractiles (c’est tout ce qui me vient en tête à cette heure ci) finalement il me demande de rassembler le maximum de monde pour la conférence du Pr marseillais venu spécialement pour opérer une jeune ado atteinte d’un mal étrange (la fibrose endomyocardique), mal qui fera l’objet de sa conférence. Quand il révèle qu’il connaît Magdi Yacoub (rien que ça,!! ) j’en deviens fiévreuse comme ces adolescentes qui s’existeraient devant les rockers nippons. Confidence : tout ce que je retiens (à tord ou à raison) de la grande Egypte sont Yacoub et Toutankhamon (oui mes chers lecteurs, à ce point là)
Vendredi :
Marian, 74ans, pontages coronariens, reprise sternale, anévrisme aorte abdominale opéré, dialysé chronique et porteur de ERV (ah la sale bestiole qu’on ne retrouve pas encore au Maroc, mais ça ne saura tarder) qui a un hématome en sous ombilicale. Le patient est sous AVK depuis 6mois sans que personne en néphrologie ne sache pourquoi, fortcihe ça !! Je ferai abstraction de la conduite à tenir. Mon collègue qui sera d’astreinte la semaine prochaine devra le revoir, Marian m’avouera qu’il préfère me revoir.
L’infirmière m’appelle pour les glycémies de madame Patricia (ne soyez pas amadoué par ce joli prénom) ah, elle un vrai cas, preuve à l’appui ce qui suivra :
Super obèse, 47ans et déjà un angor instable, une FE à 30% et pourquoi pas (tant qu’on y est) une rétinopathie diabétique. Elle a formellement refusé de se faire opérer, puis a changé d’avis mais tout en imposant au chef de service le geste chirurgical (ça c’est fort). Un double pontage est prévu, finalement ça sera un mono pontage, IVA-MIG, avec patch d’élargissement mammaire, le must du must. Au retour au secteur, elle a des glycémies au plafond, refuse la pose d’une intraveineuse pour rééquilibrer ces glycémies (on l’a quand même posé, hé ho c’est moi qui décide). Son hémoglobine est à 7,7 ce soir et refuse (témoin de Jéhovah oblige) la transfusion (les cures de venofer ne feront pas effet tout de suite). Bref, se dit fatiguée mais refuse la transfusion, se plaint de nausée prétextant que c’est la voie IV qui en est la cause, la patiente typique qui gâche mes nuits.
Samedi :
Toujours Patricia, le contraire serait étonnant.
Madame Germaine, comme son prénom laisse prévoir, c’est une mémé née entre guerres. Opérée d'un rétrécissement aortique serré (la valvulopathie la pus fréquente en France). Le yoyo définirai fidèlement ses tensions artérielles dont les anomalies rythment ma journée et ma nuit, Hypovolémique, oligoanurique et en surcharge vasculaire pulmonaire, elle a une ACFA compensatrice, qui ampute sa systole auriculaire et diminue encore plus le remplissage ventriculaire. Cercle vicieux !!!
Dimanche :
- Germaine sera tranferée en réanimation le dimanche matin.
- Dominique décedera en réanimationle dimanche aprés midi.
- Paulette se porte comme un charme, elle retournera à sa maison de retraite le mercredi.
- Patricia va trés bien, elle a même retrouvé son sourrire.
- Nadege, l'infirmière, me soûles.
Et ce n'est pas fini .....
DNR
Qu'elle soit de Millet ou de Van gogh, c'est d'une longue meridienne dont je rêve
02 août 2007
Ne te réjouis pas vite
Comme si on n’avait pas eu assez d’émotions avec la découverte d’une cavité (signe d’une endocardite ancienne) dans une cusp complètement dystrophique et calcifiée par endroit, l’aorte de monsieur T était aussi fragile que du beurre laissé à température ambiante et de surcroît en avait la même couleur. Daniel avait alors décidé qu'il s'agirait d'un Bentall; tant qu’on y est faisons bien. Ainsi fut-il, la nouvelle prothèse sortie de son emballage était jalousement choyée, l’instrumentiste ne manqua pas de garder l’étiquette qui y pendoullait, signe qu’il s’agissait là d’un joujou bien cher. Une réflexion me vient à l’esprit : monsieur T a de la chance de vivre dans le pays de Molière, sa chance « porte » un trou aussi grand que le fameux météor cratère de l'Arizona, elle porte le nom de CNSS. Bientôt, les moustaches apathiques du Bentall se déployaient devant nos regards, les miens étant ébahit par tant d’ingéniosité humaine de la part d’inventeurs de toutes sortes et déçue par désormais la banalité que cela inspirait aux habitués, moi y compris, l’exploit tombe dans le registre du routinier. Dommage. Cela doit être le prix, le prix de quoi ? Je ne pousse pas la réflexion à plus loin, le fruit de la réflexion me semblant stérile et sans goût. C’est à ce moment, perdue dans ces pensées que l’assistante lança d’un air soulagé « ça s’annonce bien finalement ». Daniel au quart de tour répondit dans un français que je ne comprenais plus pour un laps de temps : « la roche Tarpéienne est près du Capitole ». Tout le monde titubait : Ta quoi ? Je me doutais que cela avait une relation avec l’Italie si cher à l’auteur de la citation mais pas plus. La roche Tarpéienne est près du Capitole ? Dans une tentative désespérée d’étouffer ma curiosité (pour une raison qui m’est jusque là encore inconnue) je me disais que cela devait être une roche banale prés d’un capitole tout aussi banal, Tarpéienne ne retenait même pas mon attention qui était ailleurs et pour de bon. Monsieur T était dans les bras tendres de dame anesthésie et miss Tarpeia de la Rome ancienne était évoquée à la mémoire de son aorte, ce n’est plus de l’effet papillon à ce stade ! Que le monde est petit, que les choses sont entremêlées, le monde réel mérite de porter le nom de toile au même titre que le monde virtuel.
Pour en revenir à Tarpeia que ma mémoire a passé dans la trappe par complaisance, c’est une jeune dame qui a trahit sa ville en la laissant tomber dans les mains de l’ennemi pour une histoire d’amour disent les uns, pour de l’argent disent les autres, pour les deux motifs qui poussent les gens à tuer diront les criminologues (rien avoir avec le sujet). Les traîtres sont depuis alors jetés dans le capitole qui se trouve prés de la roche en question. Trêve de blabla historique que nous vaut l’emploi de cette phrase dans ce contexte ? Tout simplement de pas crier victoire, car après l’aisance peut survenir la difficulté. En somme ne pouvait-on pas simplement dire ne te réjouis pas vite ? Fallait-il mêler la Rome à nos histoires contemporaines ? Il y a bien des gens qui aiment la complexité dira-t-on. Porfitons-en pour devenir un poil moins incultes.
Salut Tarpéien aux amoureux du complexe
DNR
18 juillet 2007
Les adhérences post op
Intérêt : Quoi de plus difficile que les reprises chirurgicales, les redux voire tridux posent le problème majeur des adhérences post-opéraoires qui sont source de difficultés opératoires non négligeables; les chirurgiens devant souvent décoller les adhérences avant de pouvoir d'accéder à l'organe à opérer. Le décollement, opération délicate, expose aux saignements qui viennent compliquer un acte chirurgicale déjà complexe du fait même de la reprise mais aussi du fait du changement des repères anatomiques. L'allongement du temps opératoire fait courir des risques à des patients qui n'ont pas forcement de bons scores pré-opératoires.
Physiopath : Mais qu'est ce qu'une adhérence? Aprés tout acte opératoire, il y a un processus inflammatoire qui se déclenche, lequel est à l'origine de fibrogénèse qui a tendance à entourer l'organe opéré. Cependant toute fibrogénèse et suivie d'une fibrinolyse, et c'est bien le défaut de cette dernière qui est à l'origine des adhérences.
En chirurgie abdominale, les adhérences peuvent être responsable d'occlusions post opératoire sur bride, d'où le principe de l'examen des cicatrices devant toute douleur abdominale au même titre que les orifices herniaires et les touches pelviens.
En gynécologie, les adhérences sont à l'origine de douleurs pelviennes et de dyspareunies ainsi que de quelques infertilités. Elles sont responsables de difficultés chirurgicales lors des reprises pour néo (pour ne citer qu'elles).
En chirurgie cardiaque, ces mêmes adhérences -libérées au doigts- sont responsable de déchirures au niveau du coeur droit (oreille et veines caves) déjà fragiles du fait des basses pressions. La perte sanguine qui résulte de ces déchirures ne peut ëtre récupérée avec l'aspiration tant que l'héparine n'est pas passée, l'utilisation du self saver trouve ici toute sont utilité.
Solution : Il fallait donc penser à un outil qui limiterai les adhérences. Le laboratoire américan Genzyme (coté en bourse bien sur) pionnier dans la recherche de thérapeutiques pour les maladies orphelines a donc imaginé un film qui isole l'organe créant ainsi une véritable barrière entre l'organe et les adhérences. Ce film, composé d'acide hyaloronique, est une sorte de plaque transparente qui s'applique directement sur l'organe en fin d'intervention créant une interface étanche qui isole l'organe du processus de fibrogénèse inflammatoire. Cette plaque se résorbe à partir du 2éme jours pour être complètement excrété par voie biliaire le 28éme jours.
Conseils : Avant d'appliquer le film laissez le à température ambiante 30 min, l'interface cassera moins lors de son application et vous gagnerez en surface.
Pour accéder au site dédié à ce produit c'est ici qu'il faut cliquer
Pour finir, Un organe bien exposé et un organe bien opéré
DNR
06 novembre 2006
Iconographie















