Quelques grammes à peine de littérature. Une couverture abstraite pour un titre inattendu. Le livret de Nora Aceval se lit d'une traite. Quelques contes racontés en secret, au creux de la nuit, à l'ombre d'une bougie (voir de plusieurs), autour d'un thé, dans une pièce reculée d’une maison de compagne, entre femmes de toutes générations. Les plus jeunes découvrant le monde de la duperie coquine des aïeules. Les bien plantées dans leurs âges (et donc mariables) y découvrent les ruses de leurs ainées et leurs propres possibilités. Les expérimentées y trouvent de l'humour enfin autorisé, voir de petites revanches de l'histoire contre le genre masculin. Les vieilles dames, souvent conteuses, y abdiquent joyeusement leurs innocences intellectuelle et /ou pratique. La ruse en véritable savoir-être qui se transmet entre femmes ...  Enfin, à celles qui en veulent bien. Le livre érotique conte comment des villageoises arrivent, avec la liberté d’antan, à cocufier leurs époux et la société. Comment être volage sans en donner l'impression de possibilité. Comment duper sur l'immaculée chasteté. Comment les femmes, dans les coulisses de l'érotisme, en réel ou dans l'imaginaire, s'attaquent, autour d'un thé, au pouvoir des hommes. Le livre est à la gloire de la ruse féminine même si la réalité des contes ne tient pas toujours la piste route. Tiens donc, il n'y a pas de raison que Maupassant ou La fontaines aient l'exclusivité des contes grivois. Les femmes du Maghreb pour les avoir pratiqués puis contés ou juste rapportés s’en mêlent aussi, et en publique cette fois avec « les contes libertins du Maghreb ». Une lecture licencieuse, curieuse, pas toujours empiriste mais nullement prosaïque, occasionnellement instructif sur le rapport sociétal du genre humain. Qu’en retenir ?  (Personnellement) Une véritable critique de la société. Une critique qui a traversé les siècles mais pour autant reste d'actualité. La place et surtout le pouvoir que peut avoir la femme dans les sociétés du sud, c’est bien de cela qu’il s’agit au fond. Un regard coquin et positif sur ce monde et des solutions à peine dévoilées. Ainsi, les histoires de « la fille et le lézard » et « la fille et l’imam » suggèrent, à juste titre, que la société n’a que l’importance qu’on lui donne, même si on ne peut exister hors d’elle. Heureusement que la vision (influente) imposée par la société reste influençable dans un sens ou l’autre. Soyons donc acteurs influents dans nos sociétés tant soit peu au lieu de rester de pauvres et passifs téléspectateurs.

Bref, les temps changent mais les sujets restent les mêmes. Les femmes, le pouvoir et la liberté.

DNR

clb