D’un blanc jauni sous l’effet du temps, il semblait venir d’un autre siècle (ce qui était le cas). Sa face sans originalité promettait l’ennui mais sa petite taille était une promesse de brièveté. Un supplice court vaut mieux qu’une lecture inachevée, me dis-je à moitié soulagée. Happé au pif et surtout à l’arrache, dans une bibliothèque familiale, le livret d’auteur dont je n’ai jamais ouïe, devenait la source de mes interrogations : Allait-il m’intéresser ? Me séduire ? M’émouvoir ? Meubler agréablement mon séjour tyrolien ? Me faire sourire ? Me faire fuir ? Ou juste encombrer mon sac à main ?

Le titre ordinaire « L’ami retrouvé »  ne m’avançait pas à éluder le mystère. Fallait donc y plonger mes yeux pour me faire ma propre idée.

Fred Uhlman y narre son enfance à Stuttgart sous le prénom de Hans. Rien de particulier ne se passe dans sa vie jusqu’à l’arrivée d’un nouvel élève dans sa classe, Conrad. Ce dernier nourrira l’imagination de l’auteur qui essaie de gagner son amitié et de séduire ce garçonnet, issu d’une lignée de chevaliers. La douce amitié décrite par Uhlman a quelque chose de poignant et de fort … Jusqu’à flirter avec les fondements du sentiment amoureux. La description de ce sentiment pur et profond avec ses lots de joies sobres et de blessures est l’essence du roman. A tel point, qu’ à un moment ou à un autre, le lecteur se demande s’il peut prétendre à une amitié semblable à celle décrite par Uhlman.

Passé l’essentiel de l’histoire, et pour les curieux des fins, la guerre séparera les deux adolescents et Hans sera affecté par le ralliement (bien que partiel) de Conrad aux idées hitlériennes puis par le décès de son ami ayant comploté contre Hitler. Le roman bien qu’autobiographique, on ne saura démêler le vrai de l’imaginaire : Peut être que Hans (donc Uhlman) voulait laisser à l'histoire une image positive et glorieuse de son ami qui jadis, ne l'a pas soutenu quand il était persécuté par ses camarades de classe pronazis.

Si vous avez quelques cordes sensibles à votre âme, le livre vous plaira. Et pour en revenir à mes impressions peu engageantes du début, je dirai (en reprenant une citation) qu’ un beau noyau gît parfois sous une piètre écorce.

Merci à Eva, une femme bien allemande et bien sensible, qui m’a prêté le premier livre qu’elle a lu en français.

DNR

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