Plan en main, et après une longue errance dans la nuit Bruxelloise, j'arrivais enfin au pied de la chose … le temple de la musique techno … Le Fuse. Derrière la banalité urbaine d’une étroite rue à peine éclairée, se cachait la discothèque à la réputation In. J’imaginais volontiers ma virée nocturne électrique, «multispotée » et mouvementée. Loin de moi l’idée que j’en sortirai avec l’impression d’être quelque peu out.

Le passage devant les videurs, classiquement grand, gras, gros, chauves et de noir vêtus, fut aisé. Accédant enfin au ventre de la chose par un escalier dénué de tout sens architectural, des émanations chargées de nicotine s’engouffraient agressivement dans mes poumons d’asthmatique, jusqu’à se substituer à ce que j’ai de plus intime et personnel, ma propre odeur.

Dans un brouhaha joyeux, les nuages de fumée opaques se sont dissipés, et mes yeux découvraient l’endroit. Un hangar aménagé en boite. Bien que le concept soit moderne et à la New Yorkaise, l’architecte n’a pas puisé loin pour enfanter ce lieu de son imagination. Des briques nues de toutes ornementations. Des murs froids et impersonnels. Le rugueux du ciment écorchant mon dos. Les bars étaient des bars. Les jeunes étaient plus jeunes. Je cherchais des yeux mes semblables, des adultes jeunes, de peur d’être une intruse dans cette récréation d’enfants. Les quelques vieux étaient plus vieux que moi. J’avais les années qu’il ne fallait plus ou pas encore les années qu’il faut. Pour une nuit que je voulais dansante elle devenait inopinément philosophique.

Je m’accommodais facilement de ces détails, mais ce que produisait la DJ m’indisposait. La table de mixage produisait des sons ayant une vague parenté avec la techno. Ce lointain cousin était lent et long : un mixage de 30 bonnes minutes de morceaux intriqués, ne semblant pas vouloir aboutir à une finalité. Je sombrais dans la léthargie alors que mon corps réclamait de la techno, du pulsar en rotation … qui ne vint jamais. La techno de mon adolescence existe-t-elle ailleurs que dans mes souvenirs ?

Au creux de la nuit, j'entrepris de mettre fin à cette escapade quelque peu juvénile. Il était plus que temps de réenfiler mon âge loin de ces post-boutonneux à peine sortis de l’adolescence après m’être faite une idée, non à regret, du Fuse.

DNR

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