Elle avait perdu la notion du temps. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était dans cette voiture. Et elle sentait son chemisier coller à ses reins par un film de sueur. Pourtant il ne faisait pas chaud en cet été, dans cette région damnée par le temps. Ses poings empoignaient le volant avec la même détermination qu’une noire américaine empoignerait le témoin d’une course en attendant de le passer à sa compatriote. Elle était tendue, pourtant ses virages étaient plus ou moins négociés avec succès. La voiture roulait autour de la ville, et avalait intentionnellement le bitume de ce pays loin d’être plat. Elle se demandait, d’un ardent désir puéril mais consciemment vain, pourquoi les bipèdes ne se terraient pas chez eux au lieu de croiser son chemin à vouloir enjamber les passages piétons à son passage ?  Pourquoi ces même gens garaient leurs quatre-roues sur les trottoirs au lieu de se payer un garage, l’obligeant à manœuvrer entre le signal et le volant comme si sa tache n’était pas déjà compliquée ? Pourtant elle voyait et faisait des « trucs » compliqués le reste de sa vie, conduire ce quadricycle ne peut être plus compliqué qu’un patient qui risque de laisser sa peau sur la table opératoire à cause d’un accidentel large trou dans l’artère pulmonaire. Relativiser était la clé, la clé pour avancer se dit-elle.

Enfin, la voilà savourant joyeusement ses derniers kilomètres, engagée royalement sur la voie grimpante du tram, elle se sentait symboliquement souveraine avant la fin de sa balade éducative. Contente, sans honte, d’avoir dans la foulée de son exercice enjambé le trottoir, et fait activer les surrénales de ses  passagers sans qu’elle ait était elle-même eu de nausées ni de palpitations.

DNR