La trame de ce film documentaire répond à la question d’un enfant qui se demande en découvrant l’immensité aquatique qu’est ce que l’océan ? A travers cette question d’apparence ludique les Jacques (Perrin et Cluzaud) éveillent intelligemment la curiosité du téléspectateur adulte en visant la conscience écologique du citoyen lambda qui n’a souvent de rapport direct avec le monde marin que les plats qui en proviennent.

Ωcéans reprend les belles scènes sous marine de la vie animalière et sus marine des navires et phares purs produits humains qui bravent les vagues d’une nature en fureur. Certes ces scènes ont été maintes fois visitées par Thalassa ou les chroniques de Cousteau à bord du Calypso, l’originalité du film réside en quatre points :

- La qualité picturale exceptionnelle avec des images d’une beauté époustouflante. Pour ne citer qu’un exemple, je me contenterai du voile rouge du poulpe qui se meut au ras de l’eau. On devine que les moyens techniques mis en œuvre pour restituer les lignes pures de la nature sauvage été énormes et à la pointe de la technique cinématographique. D’ailleurs je me suis demandé comment avaient-ils filmé la baleine en plan parfaitement verticale et rapproché à la surface de l’eau ? Grace à un mini hélicoptère téléguidé. Cela dit pour la horde de crabe je reste dubitative et sans réponse quant au dispositif de tournage. Pour les plus curieux, les moyens techniques sont brièvement décrit sur le site du film


- Le concept de transition plutôt bien travaillé concernant quelques scènes comme la transition des étoiles éparses de l’univers au plancton mettant au pied d’égalité la conquête spatiale et sous marine.

- La rareté du commentaire voir son absence au début du film, ou seul le bruit  "silencieux" du vent, de l’eau déplacé par les nageoires, du sable foulé fait office de bruitage. Une quiétude qui rallonge considérablement la durée des scènes mises à nues et débarrassées de l’intervention humaine et ou la nature n’a de porte parole qu’elle-même. Cette quiétude est malheureusement vite perdue par la musique et la voix humaine qui finissent par polluer la sono.

- Le film interpelle l’affect humain à travers les gestes protecteurs des mamans baleines et morses envers leurs progénitures déjà massives mais encore fragiles. Des mères aux proportions « dinausoriennes » dont l’instinct maternel est des plus présents.

Dans un sens lugubre, l’affect du téléspectateur le plus hermétique s’émeut devant le sort du requin chassé pour ses ailerons qui sont coupés à vif avant de rendre ce poisson encore vivant à l’océan. Privés de nageoires, le requin sombre sous l’effet de la pesanteur dans le fond marin, saignant de ses branchies dans une scène qui simule l’asphyxie, pour une soupe aux ailerons dans une table asiatique.


Mon avis général, c’est que le film reste une prouesse technique qui a réussi à restituer une image esthétique du monde marin plus qu’à envoyer un message écologique. Dommage que l’esthétique sonore soit en reste, « le natural sound effect » aurait pu être la règle. Au final, Ωcéans est plus un produit artistique qu’autre chose. Les esthètes entre vous apprécieront certainement.

DNR

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