Lundi : 

Dominique, 44ans hospitalisé au paravent en unité de soins intensifs cardiaques dans un tableau de choc cardiogénique secondaire à un trouble de rythme auriculaire sur cardiomyopathie obstructive familiale (ce n’est pas ce qu’on appellerai un bon héritage). Autant dire une indication à une greffe cardiaque, le patient est mis en urgence sur la liste d’attente de greffe, en attendant, une assistance circulatoire s’impose, une Medos fera l’affaire. Quand je remplace l’interne, ça se présente déjà mal, le sang artériel qui circule dans le ventricule artificiel a une couleur peu engageante, les poumons n’assurent pas une hématose correcte, le péricarde se remplit à vue d'oeil de sang, finalement des points seront mis sur de l’artère pulmonaire et l’oreillette droite. A la fermeture, Malik, l’assistant, m’apprend déjà comment faire pour retirer les ventricules externes, c’est dire que tout le monde s’attend à ce que le patient meurt. Finalement je ne serai pas appelé. Dominique, 44ans père de famille, est encore en vie, en attente qu’un compatriote français meut pour lui sauver la vie. De vous à moi, j’aimerai qu’un greffon se présente à l’autre bout de la France et qu’on prenne l’hélico (ça me changera du tram) pour le ramener. La virée nocturne dans les airs me fera volontiers oublier les interminables heures de la transplantation cardiaque.

Mardi :

16h : Marjorie, 28ans, elle vit d’accoucher d’un petit Remy. Des suites post partum compliquée d’un inertie utérine (malgré une césarienne) et d’une CIVD. Jamais 2 sans 3, la dame thrombose sa veine ovarienne droite, thrombose qui s’étend jusqu’à la VCI, on retrouve au scanner une embolie pulmonaire droite proximale. Pablo, mon chef me demandera de présenter à sa place le dossier de Marjorie pour une éventuelle pose de filtre cave et de thrombectomie sous CEC. La décision est unanime, le traitement médical est retenu vu le jeune âge de la patiente.

19h 30: Monsieur B, maghrébin, je ne garde aucun souvenir de ce soir là, sans doute un pontage qui a tardé, rien de spécial en somme, sinon qu’il est toujours en réa, et que de ce fait, ça ne va pas trop fort pour lui non plus.

20h : Les infirmières de gériatrie stressent l’interne de garde, du coup il se rabat sur moi pour un avis pour Paulette. Heptagénaire, atteinte d’un érysipèle, pour une raison X, un scanner lui a été fait il y’a une semaine, découvrant une dissection aortique type III et un épanchement péricardique, avec à l’échographie cardiaque de la fibrine (possible rupture cardiaque post infarctus silencieux). Paulette va super bien pour une mémé, la drainer serait lui faire courir des risques, c’est qu’elle n’est plus toute jeune. Je sens qu’on nous rappellera ce week end pour un énième vis. Incroyable conclusion, déstresser les infirmières peut motiver bien des consultations alors même que le patient n’a besoin de rien. (Fichons la paix aux patients)

Mercredi : trou noir, aucun souvenir, sinon le staff de vasculaire auquel je n’ai pas assisté.

Jeudi : La secrétaire du  chef de service m’appelle sur mon portale pour me le passer, curieuse comme une enfant qui découvre que les antennes de l’escargot son rétractiles (c’est tout ce qui me vient en tête à cette heure ci) finalement il me demande de rassembler le maximum de monde pour la conférence du Pr marseillais venu spécialement pour opérer une jeune ado atteinte d’un mal étrange (la fibrose endomyocardique), mal qui fera l’objet de sa conférence. Quand il révèle qu’il connaît Magdi Yacoub (rien que ça,!! ) j’en deviens fiévreuse comme ces adolescentes qui s’existeraient devant les rockers nippons. Confidence : tout ce que je retiens (à tord ou à raison) de la grande Egypte sont Yacoub et Toutankhamon (oui mes chers lecteurs, à ce point là)

Vendredi :

Marian, 74ans, pontages coronariens, reprise sternale, anévrisme aorte abdominale opéré, dialysé chronique et porteur de ERV (ah la sale bestiole qu’on ne retrouve pas encore au Maroc, mais ça ne saura tarder) qui a un hématome en sous ombilicale. Le patient est sous AVK depuis 6mois sans que personne en néphrologie ne sache pourquoi, fortcihe ça !! Je ferai abstraction de la conduite à tenir. Mon collègue qui sera d’astreinte la semaine prochaine devra le revoir, Marian m’avouera qu’il préfère me revoir.

L’infirmière m’appelle pour les glycémies de madame Patricia (ne soyez pas amadoué par ce joli prénom) ah, elle un vrai cas, preuve à l’appui ce qui suivra :

Super obèse, 47ans et déjà un angor instable, une FE à 30% et pourquoi pas (tant qu’on y est) une rétinopathie diabétique. Elle a formellement refusé de se faire opérer, puis a changé d’avis mais tout en imposant au chef de service le geste chirurgical (ça c’est fort). Un double pontage est prévu, finalement ça sera un mono pontage, IVA-MIG, avec patch d’élargissement mammaire, le must du must. Au retour au secteur, elle a des glycémies au plafond, refuse la pose d’une intraveineuse pour rééquilibrer ces glycémies (on l’a quand même posé, hé ho c’est moi qui décide). Son hémoglobine est à 7,7 ce soir et refuse (témoin de Jéhovah oblige) la transfusion (les cures de venofer ne feront pas effet tout de suite). Bref, se dit fatiguée mais refuse la transfusion, se plaint de nausée prétextant que c’est la voie IV qui en est la cause, la patiente typique qui gâche mes nuits.

Samedi :

Toujours Patricia, le contraire serait étonnant.

Madame Germaine, comme son prénom laisse prévoir, c’est une mémé née entre guerres. Opérée d'un rétrécissement aortique serré (la valvulopathie la pus fréquente en France). Le yoyo définirai fidèlement ses tensions artérielles dont les anomalies rythment ma journée et ma nuit, Hypovolémique, oligoanurique et en surcharge vasculaire pulmonaire, elle a une ACFA compensatrice, qui ampute sa systole auriculaire et diminue encore plus le remplissage ventriculaire. Cercle vicieux !!!

Dimanche :

- Germaine sera tranferée en réanimation le dimanche matin.

- Dominique décedera en réanimationle dimanche aprés midi.

- Paulette se porte comme un charme, elle retournera à sa maison de retraite le mercredi.

- Patricia va trés bien, elle a même retrouvé son sourrire.

- Nadege, l'infirmière, me soûles.

Et ce n'est pas fini .....

DNR

m

  Qu'elle soit de Millet ou de Van gogh,  c'est d'une longue meridienne dont je rêve