Tant il est évident de défendre le droit à la vie, tant il est hasardeux de se prononcer de façon absolue sur le droit à la mort. Tant la vie et la naissance sont porteurs d’une innocente promesse de bonheur à priori, tant la mort est en elle même synonyme de fin (sans se prolonger volontiers dans les dogmes post mortem liés chaque religion). C’est pour cette raison justement, que le droit à la mort n’a jamais été à l’origine d’une quelconque polémique dans histoire avant le 20éme siècle. La mort ne faisant accéder à aucune perspective d’avenir probante aux yeux de la société moderne.
Mais alors, quelle serait la raison sur la quelle se fonde la revendication de ce droit peu commun ? Pour répondre à cette question originale, il faudrait d’abord cerner à quelles situations s’apparentent ce « droit » tant revendiqué depuis peu. A y penser, il s’agit du suicide, de l’euthanasie et de refus de l’acharnement thérapeutique. Le refus de l’assistance médicale prôné par les témoins de Jéhovah sera exclu de cette liste, car il est tout d’abord un déni de la vie avant d’être une revendication de la mort, d’autant plus que la renonciation au soin médical n’émane pas de la conscience de l’individu, elle serait un précepte de sa religion donc imposé au dépit de sa propre soif de vie.
Homme ne peut à priori être déchu du droit à la vie que contre son gré et à son insu le plus souvent. La mort échappe de ce fait au contrôle humain qui devra subir la sienne dans des circonstances propres à chaqu’un alors que le mourrant aspire encore à une vie douce.

Dans le cas du suicide, le déprimé estime et espère que la mort lui offrirai un affranchissement de supposés entraves. Très souvent le déprimé s’estime dépourvu de bien des droits notamment celui d’être écouté et compris, alors en ultime tentative de rébellion contre les autres, il tient au droit de cesser d’être tout simplement.
Quant à l’euthanasie, le refus et celui de la déchéance physique et intellectuelle, le corps étant souvent en proie à une maladie profondément invalidante qui le mite de l’intérieur à petit feu. Le corps devient une prison, une sorte de peau de chagrin qui se rétracte sur la conscience encore éveillée. Le contraire est aussi vrai. Dans certaines maladies, la déchéance intellectuelle prive le patient de ses aptitudes cognitives alors que son corps est encore bien portant. Dans tous ces cas, les sujets refusent non plus la vie, mais la mort jugées indignes et inhumaines et préfèrent accélérer sa survenue.
Quant au refus de l’acharnement thérapeutique, la controverse est beaucoup plus subtile. Les questions essentielles à se poser sont : quelle est le rôle de la médecine ? Et pourquoi s’acharner sur un mourrant ? Pourquoi s’acharner à garder la vie à tout prix ? Au mieux, l’acharnement sauvera un patient qui restera complètement dépendant de son entourage, au pire, l’acharnement maintiendra un comateux en état de mort cérébrale pendant des années sans même qu’une greffe (puisqu’il est devenu une banque d’organe) ne puisse sauver un tierce si la famille s’y oppose.

Ces questions sont la résultante logique des avancées de la médecine, percées majeures qui repoussent les limites de la vie de plus en plus loin. Or quel est le but de la médecine ?
- Permettre au patient de vivre.
- Que voudrait le patient ?
- Bien vivre ou juste vivre ?
- Qu’est ce que bien vivre ?
- A-t-on le droit de mettre des « closes » au « contrat » de la vie ?
- De quel statut découlerai ce droit ?
- De notre statut de créatures crées ou de créatures maîtresses de leurs destins ?
- Est-ce un courage que de choisir d’affronter sa mort ou une lâcheté d’avoir peur sa vie ?

La société ne se pose pas ces questions. Elle estime tout simplement avoir un droit de regard sur la vie des individus qui la composent. Etrangement, ce droit de regard est sélectif : la société pie mère, dure mère, ferme les yeux sur bien des aspects de la vie de ses enfants pour n’en retenir que d’autres.
Sur le libre arbitre de la renonciation à la vie, la société s’achète une conscience tranquille, comme dans le cas de la criminalité : les rejetons déchus de la société sont emprisonnés à l’oubli et à l’écart sans investissement moral aucun à l’égard des êtres humains qui sommeillerait en eux. Dans la question houleuse du droit à " une mort descente ", la société refuse un débat à travers lequel elle pourrait affirmer son point de vue et infirmer celui de ces interlocuteurs. Sans doute se tait-elle car elle n’a rien à dire. Elle a choisit de laisser parler le droit pénal sur l’euthanasie et l’assistance au suicide (puisque le suicidé a décidé de n’être jugé que par lui-même. Ce qui est paradoxale, c’est que les suicidaires ayant survécus à une tentative ne seront jamais jugés pour mise en danger de leur vie ou de tentative d’homicide sur leur personne!!) Toujours est-il que le l’euthanasie tombe sous le coups de l’homicide volontaire et l’assistance au suicide sous le coups de la non assistance à personne en danger voir d’homicide non volontaire. Le plus surprenant est que les auteurs bénéficient d’allégement de leurs peines signe de compassion de la société avoué à demi mot.

Le suicide ne fera jamais sujet d’un débat pour des raisons évidentes. Le refus de l’acharnement thérapeutique a été accepté de commun accord par toutes les sociétés qu’elles soient croyantes ou laïques. Seule l’euthanasie fait et fera l’objet de débats dans l’occident, les pays de l’orient abordant la mort de façon foncièrement différente.
En ce qui concerne l’Europe, à chaque fois que le débat sur l’euthanasie a été soulevé, il s’est soldé plus ou moins à long terme par une législation favorable à celle-ci. Cependant la question est abordée différemment au sein même de l’Europe : il est clair que dans une Pologne profondément catholique ou l’avortement est encore un vrai problème de conscience, l’euthanasie fait office d’absurdité. Contrairement à la Hollande ou la séparation effective entre la religion et la politique est plus qu’une réalité.

Au-delà des aspects juridiques, politiques, éthiques et religieux de l’euthanasie, l’aspect  économique n’est pas à négliger. En effet, dans les pays concernés, le recours à cette pratique permettrait d’économiser des sommes assez conséquentes en matière de soins palliatifs et intensifs. Cet « épargne » viendrait gonfler les caisses de la sécurité sociale et les assurances privées en mal d’investissement.

On ne peut que constater que le monde évolue et ses mœurs aussi.
Le droit à la mort a eu au moins le mérite de ressusciter des cendres de l’oubli une question existentielle qui honte l’esprit humain depuis l’aube des temps : Quels droits avons-nous sur nous même et sur autrui ? Cette question semble tourmenter le penseur de Rodin aussi.

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Le penseur

DNR